14 juil 2022 12:49

Cérémonie des un an des inondations

Le Premier ministre Alexander De Croo a assisté ce matin à la cérémonie de commémoration organisée un an après les inondations à Chênée (en province de Liège). Plus tôt dans la journée, il s’était entretenu avec des habitants de la ville de Limbourg, touchés par les inondations, et avec les services de secours. Cliquez ici pour lire l’intégralité du discours prononcé par le Premier ministre lors de la cérémonie officielle de commémoration.

Il y a des jours qui marquent l’existence.  
Qui balaient vos certitudes 
Qui bouleversent la vision que vous vous faites du monde.  
Jusqu’au plus profond de votre chair. 

Le 14 juillet 2021 fait partie de ces-jours-là. 
De ces jours qui tristement marque notre histoire. 
De ces jours dont nous nous souviendrons toujours. 
Avec la précision des détails.  
Que faisions-nous ? Où étions-nous quand le pire se produit ?  

Il y un an, ici à Chénée et à Angleur,  à Aywaille, à Chaudfontaine, à Eupen, à Pepinster,  à Philippeville, à Trooz, à Verviers, et dans tous les villages alentours,  les flots se sont déchainés. 

Charriant avec eux la vie de femmes et d’hommes. 

Des femmes et des hommes qui n’attendaient alors qu’une seule chose : profiter de l’été, le cœur léger, après deux années passées dans la crainte du Covid. 

Avant tout autre mot, permettez-moi, d’exprimer une nouvelle fois ma compassion, aux familles qui ont perdu un proche, aux mères qui ont perdu un enfant, aux filles et fils qui ont perdu un père, aux amis qui ont perdu un ami. 

Je l’exprime au nom de tous les Belges. 

J’ai une pensée pour toutes les victimes. 
Toutes celles et tous ceux qui ont perdu un toit. 
Je redis merci à tous ceux qui ont aidé, l’été dernier et jusqu’à aujourd’hui, à panser les plaies de cette véritable catastrophe que notre pays a subie. 


De la Vesdre, Victor Hugo écrit :   

« c’est une rivière-torrent qui descend de Saint-Cornelis-Munster,  entre Aix-la-Chapelle et Duren, à travers Verviers et Chauffontaines, jusqu’à Liège, par la plus ravissante vallée qu’il y ait au monde. Dans cette saison, par un beau jour, avec un ciel bleu, c’est quelquefois un ravin, souvent un jardin, toujours un paradis. » 

Mais il y a un an, les habitants de la plus ravissante vallée qu’il y ait au monde, ont découvert l’enfer. 

Ici, devant nos yeux, dans nos maisons,  nous avons pu constater les ravages que la nature pouvait causer si nous n’agissons pas. 

Nous nous sommes sentis si petits, 
Si impuissants,  
Si en colère. 

Nous avions perdu tout espoir. 
 

On dit que c’est souvent dans les moments les plus atroces,  que se dévoile aussi la beauté humaine.  

Il y a un an, au cœur de la pire catastrophe naturelle que notre pays a connu, la Belgique a vu naître des héros.   
Des femmes et des hommes qui, parfois au péril de leur propre vies, ont sauvé des vies. 

Des femmes et des hommes s’entraidant pour s’en sortir ensemble. Au-delà de la langue ; au-delà des frontières.  
Sans se poser de questions. 
Dans un effort de solidarité qu’au cours de ma vie je n’avais encore jamais vu. 
 

Mais il y a un an, nous nous étions aussi fait une promesse.  

La promesse d’agir.  
Ce que nous avons fait en reconstruisant. 

Reconstruire pour rebondir et vivre à nouveau. 
Repartir de l’avant. 

Dès nos larmes séchées, nous avons pourtant été lucides :  reconstruire ne suffirait pas.  

Car on peut nettoyer les rues. 
On peut rebâtir des maisons. 
Restent les cicatrices.  

Il y a un an, nous nous étions donc aussi promis de transformer cette rage destructrice de la nature, en une force qui transcende notre action. 

Promis que nous ne pouvons tout simplement plus attendre les prochaines inondations, la prochaine vague de chaleur ou la prochaine sécheresse extrême, qui tuera à nouveau. 

Cette promesse d’agir, nous l’avons en partie tenue. 

En jouant plus que notre rôle à la COP26 à Glasgow. 

En plaçant la défense du climat au cœur de la stratégie de sécurité de notre pays.  

Nous pouvons et nous devons aller plus loin. 

Cette promesse d’agir,  

Je la réitère donc devant vous. 

Et je voudrais prendre une personne en particulier en témoin, au-delà de vous tous ici présents.  

Cette personne, c'est Ben, 14 ans. 

Il y a un an, le 14 juillet, Ben était en camp à Marcourt,  à une heure en voiture d’ici. 

Il venait d’y faire la rencontre de Rosa, 15 ans, avec qui il s’était promis de changer le monde. 

Dans l’après-midi du 14 juillet, l’eau a commencé à monter incroyablement vite dans leur camping.  

Avant que Ben ne s’en rende compte, Rosa a été attrapée par les flots. 

« J’ai sauté dans l’eau derrière elle et j’ai pu l’attraper. J’ai tenu Rosa jusqu’à ce que le monstre me l’arrache »,  détaille-t-il sur Facebook. 

Ben n’a jamais revu Rosa. 

Son corps a été retrouvé trois jours plus tard. 

Depuis, Ben a lancé la campagne #JusticeClimatPourRosa.  

Pour que nous n’oublions jamais et pour que nous agissions.  

La Vesdre, l’Ourthe et la Meuse ont vu naître des héros. 

Des héros comme Ben et beaucoup d’autres. 

À nous de leur redonner espoir.